Oct 19, 2021

LE BIEN-ETRE MENTAL

 

Dans un précédent article, nous avons évoqué le rôle essentiel du DHA pendant la grossesse et son rôle dans le développement du bébé. Les bienfaits de cet acide gras polyinsaturé essentiel ne s’arrête pas à la naissance, et est crucial au cours de la croissance et du développement de l’enfant. Une carence en DHA peut avoir des effets négatifs sur l’apprentissage et peut également jouer un rôle dans le TDAH.  Chez les adultes également, le DHA favorise les capacités cognitives et la concentration et semble avoir un impact positif sur la santé mentale.

 

Le développement et l’apprentissage des enfants

Le DHA joue un rôle dans la fluidité de la membrane et la libération des neurotransmetteurs dans les tissus nerveux, notamment dans le cerveau, où la concentration en acide gras polyinsaturé (AGPI) est la plus importante. C’est l’AGPI le plus abondant dans la matière grise du cerveau, représentant 15 à 20 % de la composition totale en acides gras dans les zones frontales, acides gras impliqués dans l’apprentissage, le comportement et la personnalité.

La supplémentation en DHA a un effet sur le fonctionnement psychosocial, sur le plan émotionnel et sur la capacité à se concentrer chez les enfants. On observe une corrélation entre apport en omega-3 et les résultats de tests cognitifs, en particulier chez les filles (1), ainsi que dans les tâches nécessitant une attention soutenue; des changements probants dans l’activité cérébrale peuvent être observés après une supplémentation en DHA (2). À l’inverse, les données recueillies chez l’animal suggèrent que des carences pendant la croissance et la maturation peuvent avoir un impact sur le fonctionnement du cerveau à l’âge adulte (3).

Ce sont les personnes ayant les apports les plus faibles pour qui la supplémentation à le plus de bénéfice. Une étude menée en Angleterre, sur un groupe de 224 enfants dont les performances initiales en lecture se situaient au 20e centile, a révélé que la supplémentation en DHA (600 mg/jour) avait des effets bénéfiques importants. Ces bénéfices étaient plus prononcés chez les enfants dont les performances initiales en lecture se situaient au 10e centile (4). Il est également prouvé qu’un apport élevé en DHA peut améliorer les habitudes de sommeil des enfants, ce qui contribue également à leur capacité d’apprentissage (5,6).

Effets DHA lecture

 

Traitement des troubles de l’attention et de l’hyperactivité (TDHA)

Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) est un trouble complexe, dont la cause n’est souvent pas claire, les symptômes varient et les réponses au traitement diffèrent. Les interventions pharmacologiques (c’est-à-dire à base de médicaments) et psychologiques sont généralement recommandées comme traitements primaires pour les jeunes atteints de TDAH, mais d’autres stratégies non pharmacologiques telles que la supplémentation en huiles oméga-3 ont fait l’objet d’une attention croissante en tant qu’approche alternative ou complémentaire (7). Le DHA est plusieurs centaines de fois plus abondant que l’EPA dans le cerveau et a un rôle clé dans le fonctionnement du cerveau, il peut ainsi être bénéfique pour le traitement des troubles de l’attention et de l’hyperactivité (8).

Dans une récente méta-analyse de Chang et al. (9) portant sur sept études totalisant 534 jeunes atteints de TDAH, les auteurs ont conclu que la supplémentation en AGPI peut améliorer à la fois les symptômes cliniques et les performances cognitives chez les enfants et les adolescents atteints de TDAH.

Il est intéressant de noter que dans une étude récente de 6 mois menée auprès de 50 participants âgés de 7 à 14 ans souffrant de TDAH, la supplémentation en DHA a montré un effet significatif sur le fonctionnement psychosocial, les problèmes émotionnels et l’attention focalisée. Des différences pertinentes ont été constatées entre le groupe prenant du DHA et le groupe placebo, avec une amélioration des symptômes du TDAH déjà évidente après 3 mois de traitement (7).

TDAH et DHA

 

La supplémentation en DHA améliore l’absorption du DHA et EPA

Le corps humain peut convertir l’acide eicosapentaénoïque (EPA) de l’alimentation en DHA, mais l’inverse n’est pas vrai. Cependant, il a été régulièrement démontré qu’en prenant un supplément de DHA, la circulation de ces deux acides gras essentiels est augmentée (10,11). Cet effet semble être dû à un besoin réduit de convertir l’EPA alimentaire en DHA (12). Cela signifie que l’augmentation de l’apport en DHA par le biais de suppléments peut avoir un impact positif sur les conditions dans lesquelles les deux AGPI jouent un rôle dans le maintien d’un bon équilibre.

Le bien-être mental

Les troubles dépressifs et anxieux sont parmi les maladies mentales les plus courantes et affectent plus de 10% de la population et représente plus de 10% de la charge de morbidité mondiale. L’OMS a, par le passé, estimé que la dépression profonde est la plus grande cause d’invalidité au monde (13), mais actuellement, et malgré un grand nombre d’options médicamenteuses prescrites pour la dépression, environ 19 % à 34 % des patients ne répondent pas aux traitements de première intention (8). D’autres maladies, comme la schizophrénie, les troubles bipolaires et les troubles de l’alimentation, peuvent également avoir des effets importants sur le bien-être à long terme des personnes qui en souffrent.

La nutrition et le bien-être mental sont liés: des corrélations ont été établies, par exemple, entre les taux nationaux de dépression et la consommation de poisson (14), bien que divers facteurs culturels, économiques et sociaux jouent également un rôle. Outre les traitements médicaux, les études cliniques portent désormais sur la manière dont le bien-être mental peut être préservé par une supplémentation nutritionnelle en acides gras polyinsaturés (AGPI), vitamines, minéraux, antioxydants, acides aminés et pré/probiotiques (8).

De nombreuses études ont noté les faibles niveaux de DHA dans le cerveau ou le sang des personnes souffrant de dépression ou d’anxiété (15,16), et les études indiquent maintenant que les suppléments d’oméga-3 peuvent avoir un impact positif sur la progression ou la sévérité des troubles mentaux chez les enfants, les adolescents (17), les adultes (8) et les plus de 60 ans (18).

 

Ainsi, une supplémentation régulière en DHA à tous les âges, des enfants aux personnes âgées, a le potentiel d’améliorer la fonction mentale, en augmentant l’attention et les performances d’apprentissage. Elle peut également avoir un impact positif sur la santé mentale et la qualité de vie.

Bien qu’une grande partie de ces effets soit probablement due au rôle direct du DHA dans les membranes des tissus nerveux, en particulier dans le cerveau, de nouvelles études commencent à nous montrer qu’une partie pourrait être due aux effets bénéfiques du DHA sur le microbiote intestinal et qui a une influence bien plus importante sur notre santé qu’on ne l’imaginait il y a seulement 5 ans.

Dans un prochain article, nous aborderons l’influence du DHA sur le microbiote intestinal et son influence sur la santé.

 

 

 

Bibliographie :

  1. Lassek, W. D. & Gaulin, S. J. C. Sex differences in the relationship of dietary Fatty acids to cognitive measures in american children. Front. Evol. Neurosci. 3, 5 (2011).
  2. McNamara, R. K. et al. Docosahexaenoic acid supplementation increases prefrontal cortex activation during sustained attention in healthy boys: a placebo-controlled, dose-ranging, functional magnetic resonance imaging study. Am. J. Clin. Nutr. 91, 1060–1067 (2010).
  3. Bhatia, H. S. et al. Omega-3 fatty acid deficiency during brain maturation reduces neuronal and behavioral plasticity in adulthood. PloS One 6, e28451 (2011).
  4. Richardson, A. J., Burton, J. R., Sewell, R. P., Spreckelsen, T. F. & Montgomery, P. Docosahexaenoic acid for reading, cognition and behavior in children aged 7-9 years: a randomized, controlled trial (the DOLAB Study). PloS One 7, e43909 (2012).
  5. Montgomery, P., Burton, J. R., Sewell, R. P., Spreckelsen, T. F. & Richardson, A. J. Fatty acids and sleep in UK children: subjective and pilot objective sleep results from the DOLAB study–a randomized controlled trial. J. Sleep Res. 23, 364–388 (2014).
  6. Tang, J., Yan, Y., Zheng, J.-S., Mi, J. & Li, D. Association between Erythrocyte Membrane Phospholipid Fatty Acids and Sleep Disturbance in Chinese Children and Adolescents. Nutrients 10, E344 (2018).
  7. Rodríguez, C. et al. Supplementation with high-content docosahexaenoic acid triglyceride in attention-deficit hyperactivity disorder: a randomized double-blind placebo-controlled trial. Neuropsychiatr. Dis. Treat. 15, 1193–1209 (2019).
  8. Firth, J. et al. The efficacy and safety of nutrient supplements in the treatment of mental disorders: a meta-review of meta-analyses of randomized controlled trials. World Psychiatry Off. J. World Psychiatr. Assoc. WPA 18, 308–324 (2019).
  9. Chang, J. P.-C., Su, K.-P., Mondelli, V. & Pariante, C. M. Omega-3 Polyunsaturated Fatty Acids in Youths with Attention Deficit Hyperactivity Disorder: a Systematic Review and Meta-Analysis of Clinical Trials and Biological Studies. Neuropsychopharmacology 43, 534–545 (2018).
  10. Conquer, J. A. & Holub, B. J. Supplementation with an algae source of docosahexaenoic acid increases (n-3) fatty acid status and alters selected risk factors for heart disease in vegetarian subjects. J. Nutr. 126, 3032–3039 (1996).
  11. Schuchardt, J. P. et al. Effects of docosahexaenoic acid supplementation on PUFA levels in red blood cells and plasma. Prostaglandins Leukot. Essent. Fatty Acids 115, 12–23 (2016).
  12. Metherel, A. H., Irfan, M., Klingel, S. L., Mutch, D. M. & Bazinet, R. P. Compound-specific isotope analysis reveals no retroconversion of DHA to EPA but substantial conversion of EPA to DHA following supplementation: a randomized control trial. Am. J. Clin. Nutr. 110, 823–831 (2019).
  13. Murray, C. J. L., Lopez, A. D., Organization, W. H., Bank, W. & Health, H. S. of P. The Global burden of disease : a comprehensive assessment of mortality and disability from diseases, injuries, and risk factors in 1990 and projected to 2020 : summary. (World Health Organization, 1996).
  14. Hibbeln, J. R. Fish consumption and major depression. Lancet Lond. Engl. 351, 1213 (1998).
  15. Ross, B. M. Omega-3 polyunsaturated fatty acids and anxiety disorders. Prostaglandins Leukot. Essent. Fatty Acids 81, 309–312 (2009).
  16. Lin, P.-Y., Huang, S.-Y. & Su, K.-P. A Meta-Analytic Review of Polyunsaturated Fatty Acid Compositions in Patients with Depression. Biol. Psychiatry 68, 140–147 (2010).
  17. Bozzatello, P., Blua, C., Rocca, P. & Bellino, S. Mental Health in Childhood and Adolescence: The Role of Polyunsaturated Fatty Acids. Biomedicines 9, 850 (2021).
  18. 18. Bai, Z.-G., Bo, A., Wu, S.-J., Gai, Q.-Y. & Chi, I. Omega-3 polyunsaturated fatty acids and reduction of depressive symptoms in older adults: A systematic review and meta-analysis. J. Affect. Disord. 241, 241–248 (2018).

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